Une colonie de chauve-souris sur la RNR !

Suite à l’emménagement de nouveaux propriétaires dans une habitation proche de la Réserve naturelle, ceux-ci ont remarqué la présence de chauves-souris dans une partie de leur nouvelle demeure. Soucieux de leur préservation, les propriétaires ont décidé de contacter l’équipe gestionnaire de la Réserve naturelle afin d’échanger sur une solution durable de cohabitation avec ces petits mammifères. Après une visite des lieux, il s’est avéré que l’habitation abritait une colonie de reproduction dite « mixte », car composée de deux espèces : des femelles de Grands Rhinolophes et des femelles de Murins à oreilles échancrées, qui se réunissent chaque année au même endroit pour donner naissance à leurs petits.

En collaboration avec le Groupe Chiroptères de Midi-Pyrénées et le Conservatoire d’Espaces Naturels de Midi-Pyrénées, un appui technique et financier a été apporté aux propriétaires pour garantir une protection pérenne de la colonie. Rappelons que les chauves-souris sont des espèces protégées et comme bon nombre d’espèces par les temps qui courent, leurs populations sont en diminution.

Dans le cadre de sa vocation scientifique, l’équipe gestionnaire de la RNR réalise depuis plusieurs années maintenant un suivi de la colonie afin d’estimer le nombre de femelles adultes et le nombre de naissances. Pour limiter le dérangement occasionné par le suivi et disposer de données précises, une caméra scientifique a été installée en 2019, en l’absence des chauves-souris, durant la saison hivernale.

Voici donc quelques images commentées qui vous permettront de rentrer sans dérangement dans l’intimité des Grands Rhinolophes et des Murins à oreilles échancrées. Bon visionnage !


Et les premières arrivées sont… les femelles de Grands Rhinolophes ! Impossible de les confondre avec une autre espèce grâce à la forme caractéristique de leur « nez » ressemblant à un fer à cheval. C’est d’ailleurs par cette feuille nasale que le Grand Rhinolophe émet des ultrasons pour se repérer dans l’espace et capturer ses proies. Habituellement, les autres espèces de chauves-souris émettent les ultrasons par la bouche. Comme les autres espèces du genre Rhinolophe, au repos, le Grand Rhinolophe se pend par les pattes et s’entoure de ses ailes. Contrairement aux caricatures connues, très peu d’espèces de chauves-souris se tiennent dans une telle position.

Voici donc quelques images des premières femelles arrivées le 21 avril. Dès à présent et au fur et à mesure, les autres femelles arriveront pour compléter la colonie. Par conditions fraîches, les femelles se serrent les unes contre les autres afin de maintenir une température stable qui leur convienne.

Geoffrey Grèzes, Chargé d’études/Garde RNR Confluence Garonne-Ariège

Certaines espèces sont connues pour partager leur gîte en période de reproduction, c’est notamment le cas du Grand Rhinolophe et du Murin à oreilles échancrées. Les femelles des deux espèces cohabiteront tout l’été et donneront naissance ensemble à leurs petits, à environ 2-3 semaines d’intervalle. Les femelles de Grands Rhinolophe seront les premières.

Moitié moins grand et quasiment moitié moins lourd, le Murin à oreilles échancrées est très différent du Grand Rhinolophe. Alors que le Grand Rhinolophe possède de larges oreilles pointues, le Murin possède de fines oreilles arrondies. Leur pelage est aussi différent, le dos est plutôt roux chez le Murin et gris brun chez le Rhinolophe. Enfin, le Murin à oreilles échancrées ne s’enveloppe pas dans ses ailes. Sur la vidéo, les Murins à oreilles échancrées sont situés sur la partie gauche, entourés de Grands Rhinolophes. 

Geoffrey Grèzes, Chargé d’études/Garde RNR Confluence Garonne-Ariège

Le grand moment est arrivé ! Les premières naissances de Grands Rhinolophes ont été constatées le 19 juin. A peine né, nu et aveugle, le petit se laisse alors glisser sur le ventre de sa mère et s’accroche instantanément à un faux téton situé sur la partie basse du ventre de sa mère. Débute alors un nettoyage scrupuleux du petit, qui peut parfois sembler acrobatique. En journée pour se reposer, il reste enveloppé dans les ailes de sa mère, qui n’hésitera pas à se déplacer avec lui, « à pattes » ou en vol ! La plupart des femelles de Grand Rhinolophe mettront bas d’un seul petit. L’allaitement durera environ 45 jours. 

Geoffrey Grèzes, Chargé d’études/Garde RNR Confluence Garonne-Ariège

Voici maintenant les naissances des jeunes Murins à oreilles échancrées ! Connues pour être plus tardives que celles des Grands Rhinolophes, les premières naissances des Murins ont été constatées le 26 juin. La naissance et l’élevage des jeunes sont similaires pour les deux espèces : la mère donne naissance pendue par les pattes et maintient le nouveau-né sur son ventre. Pour s’allaiter, le petit décale sa tête sous l’aile de sa mère et accède aux mamelles. Ainsi, en position centrale sur sa mère le jeune se repose, en position désaxée il tète. Sur la vidéo, on voit que les deux dernières femelles à s’envoler ont chacune leur petit accroché sur leur ventre. 

Geoffrey Grèzes, Chargé d’études/Garde RNR Confluence Garonne-Ariège
Hélène Dupuy, Chef de projets Animation territoriale, Mammalogue

Au crépuscule pour les Grands Rhinolophes et une fois la nuit tombée pour les Murins à oreilles échancrées, les femelles adultes quittent le gîte de reproduction pour partir chasser des insectes (papillons de nuits et scarabées pour les Grands Rhinolophes, mouches et araignées pour les Murins à oreilles échancrées). Pendant ce temps-là, les petits sont laissés à l’intérieur du gîte, regroupés entre eux. Certaines femelles jouent le rôle de nourrice pour veiller face à un éventuel danger. Plusieurs fois dans la nuit, les mères allaitantes reviennent nourrir leur petit qu’elles arriveront à reconnaître par l’odeur et des cris d’appel. Sur le second extrait vidéo, on observe une femelle adulte tout juste revenue d’une session de chasse, qui retrouve rapidement son petit. S’en suivent de longs échanges bouche à bouche, le petit s’agrippe entre temps à sa mère et se tourne pour atteindre la mamelle. 

Geoffrey Grèzes, Chargé d’études/Garde RNR Confluence Garonne-Ariège
Hélène Dupuy, Chef de projets Animation territoriale, Mammalogue

Un peu d’anatomie !

 Comment font-elles pour se déplacer dans le noir ? Les chauves-souris émettent des ultrasons (par la bouche ou le nez selon les espèces) qui rebondissent dans l’espace environnant et reviennent vers leurs oreilles. Elles obtiennent alors des informations sur la structure du paysage (forme, distance…) mais aussi sur la localisation de leur proie (taille, sens de déplacement, vitesse…). Grace à ce système appelé « écholocation », les chauves-souris sont d’excellentes voltigeuses et de redoutables chasseuses. Contrairement aux idées reçues, les chauves-souris ne sont pas aveugles et utilisent bien leurs yeux en journée.
Comment font-elles pour tenir accrochées au plafond ? Le poids de leur corps exerce une traction sur les tendons qui maintiennent les griffes en position d’accrochage. Cela ne leur demande donc aucune dépense d’énergie et leur permet de rester ainsi pendant de longues périodes comme lors de l’hibernation. Elles se laissent ensuite tomber pour s’envoler sans effort.

Geoffrey Grèzes, Chargé d’études/Garde RNR Confluence Garonne-Ariège
Hélène Dupuy, Chef de projets Animation territoriale, Mammalogue