Un Castor pour Noël dans la Réserve naturelle régionale Confluence Garonne-Ariège ?

Avertie par le club de kayak la Vague Portésienne, l’équipe gestionnaire a confirmé cette semaine la présence d’au moins un individu de Castor sur la Réserve naturelle régionale (RNR), ce qui en ferait la première observation dans le secteur de la Confluence Garonne-Ariège depuis sa disparition plusieurs siècles auparavant. Mais sa découverte à plus de 60km des populations connues en aval de Toulouse soulève certaines interrogations, sur sa provenance et son origine génétique notamment. En tout état de cause, la RNR appelle au respect de la quiétude des animaux pour éviter leur dérangement et faciliter leur installation, et mène des investigations en partenariat avec le Réseau Castor coordonné par l’Office Français de la Biodiversité (OFB).

Une observation inédite sur le territoire de la Réserve naturelle régionale Confluence Garonne-Ariège

Des traces de présence de Castor ont été repérés le 12 décembre 2025 par le club la Vague Portesienne lors d’une descente en Kayak de plusieurs de ses membres. Partenaire de la RNR, les cadres du club ont rapidement averti l’équipe gestionnaire pour confirmation. Après investigation sur place et recherche d’éléments complémentaires par l’équipe de la RNR, appuyée par le Réseau Castor coordonné par l’Office Français de la Biodiversité (OFB), la présence de l’espèce a bien été confirmée et validée.

Des éléments supplémentaires sont néanmoins encore nécessaires pour identifier le nombre d’individus, leur organisation et leur potentielle installation qui n’est pas encore actée à ce jour. La provenance et l’origine génétique restent également indéterminées et nécessiteront des analyses complémentaires, notamment pour vérifier qu’il ne s’agit pas du Castor canadien, espèce cousine nord-américaine introduite accidentellement ou illégalement en Europe.

Le ou les individus sont susceptibles de se déplacer en cas de dérangement ; il est important de respecter les mesures de quiétude mises en place par la RNR pour la préservation de l’espèce et garantir sa potentielle installation, dans le cas où son origine européenne est confirmée, mais aussi plus globalement pour la tranquillité de la RNR et de la biodiversité qu’elle abrite.

Le Castor d’Europe, une espèce qui a failli disparaître en France et en Europe

Le Castor d’Europe était présent historiquement dans quasiment toute la France métropolitaine et l’Europe avant de voir sa population s’écrouler à partir du XIIème siècle en raison de la chasse pour sa fourrure, sa viande et son castoréum utilisé en parfumerie et médecine traditionnelle. Il était
aussi considéré comme « nuisible ». Au XXème siècle, la France ne comptait plus qu’une centaine d’individus cantonnés dans le Vaucluse, l’Ardèche et le Gard où ils ont été sauvés in extremis de l’extinction.

En 1909, Une interdiction de la chasse est prise au niveau local avant son classement en « espèce protégée » en 1968 sur tout le territoire métropolitain. Plusieurs opérations de réintroduction ont été menées entre les années 1950 et 2002, notamment sur le fleuve Loire.

Aujourd’hui, la population est estimée à près de 20 000 individus répartis sur 18 000 km de cours d’eau et sa répartition géographique est toujours en expansion, comme sur le bassin de la Garonne. Sa présence est ainsi confirmée dans l’Aveyron et le Tarn, puis le Tarn-et-Garonne sur la commune
de Bourret en 2023, mais aussi à Castelsarrasin en juin 2024 et à Malause en janvier 2025.

Les menaces persistantes pour le Castor restent le cloisonnement des cours d’eau par des ouvrages de type barrage, l’urbanisation et l’artificialisation des berges, les collisions routières, la destruction de son habitat notamment l’endiguement, la canalisation des cours d’eau ou la suppression des ripisylves, la compétition avec le Castor canadien pour les habitats et ressources alimentaires là où il a été introduit, le développement d’espèces végétales exotiques comme les renouées asiatiques qui diminuent les potentialités alimentaires, le braconnage…

Le Castor, une espèce ingénieure

Le Castor d’Europe est un mammifère semi-aquatique qui vit à l’interface des milieux aquatiques (déplacements, gîte) et terrestres (recherche de nourriture, toilettage, marquage du territoire…). Son régime alimentaire est strictement herbivore ; il consomme près de 2kg de matière végétale par jour, principalement de végétation herbacée terrestre, mais aussi écorce, feuilles et jeunes pousses de plantes ligneuses notamment à la mauvaise saison.

Cette espèce fascinante est dite « ingénieure », car elle a la capacité d’aménager son environnement pour l’adapter à ses besoins. La construction de barrages et de huttes en sont les exemples les plus connus. La coupe de végétaux lui apporte des matériaux de construction mais lui permet aussi de se créer « un potager », avec des arbres, principalement des peupliers, saules, aulnes, frênes, taillés à quelques dizaines de centimètres du sol qui donnent des rejets de souche consommés régulièrement. La ripisylve est comme « jardinée ».