Un outil scientifique innovant testé sur la Réserve naturelle : l’entomoscope

Depuis plusieurs décennies, le déclin des arthropodes (animaux avec un « exosquelette », comme les insectes) représente un important enjeu de conservation à l’échelle mondiale. En cause, la fragmentation et la dégradation des milieux naturels, la surexploitation des ressources, les pollutions, les changements climatiques… Et pour les préserver, il est nécessaire de mieux les connaître.

Nous disposons depuis longtemps de moyens d’étudier les populations d’insectes. Cependant, ces méthodes dites « traditionnelles » restent souvent destructives voire léthales pour les organismes, participant à leur déclin alors que l’objectif de base est de les protéger ! Alors, de nouvelles méthodes de suivis non-invasives ont vu le jour, comme l’entomoscope.

Quèsaco ?

L’entomoscope, du grec ancien « éntoma » « insecte » et « skopéō » « observer » est un appareil polyvalent et modulable de suivi des arthropodes. Il est équipé de plusieurs caméras, d’un enregistreur sonore et d’un GPS, le tout contrôlé par un micro-ordinateur intégré. Il peut alors être programmé pour être laissé sur le terrain, enregistrant des données à une fréquence préalablement définie. Équipé de multiples modules, il peut s’adapter aux différents suivis des arthropodes : faune du sol, pollinisateurs, papillons de nuit, etc. La particularité de l’entomoscope est que, à terme, ce dernier sera capable, à l’aide d’une Intelligence Artificielle embarquée, de repérer des insectes sur une image et de les identifier.

Le développement de l’entomoscope s’inscrit dans le projet TerraForma, une plateforme nationale dédiée à la conception d’instruments innovants pour l’observation environnementale. L’idée du projet, quant à elle, prend son origine au Centre Nationale de la Recherche Scientifique (CNRS) de Moulis (09), à la Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale (SETE).

Sur la Réserve naturelle, deux principaux objectifs ont été identifiés :

  • tester en grandeur nature les entomoscopes sur le terrain pour le suivi des pollinisateurs,
  • déterminer les effets de l’enfrichement des paysages sur les populations de pollinisateurs.

En comparant les milieux ouverts, de type prairies et pelouses, et les milieux sujets à l’enfrichement qui tendent vers des landes, il est alors possible de déterminer quel habitat est le plus favorables aux pollinisateurs. Pour cela, 4 duos de zones d’étude ont été identifiés sur la Réserve. Sur une journée, des tests sont réalisés avec deux entomoscopes sur deux habitats différents, afin de pouvoir comparer les résultats. En ciblant une fleur, l’appareil prend à fréquence régulière des photos, enregistrant les pollinisateurs se posant sur cette dernière. Cette étude s’est déroulée en mai et continuera en juillet, dans l’objectif de comparer deux périodes différentes.

Les entomoscopes placés devraient permettre d’observer de très près des insectes qui seraient en temps normal dérangés par la présence des scientifiques. Pour l’instant, il est encore sous phase de test mais, à terme, il pourra être utilisé comme outil de science participative par des associations par exemple. Le projet a en effet pour ambition de proposer un outil low-cost facilement polyvalent et accessible au plus grand nombre.